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Coupe du monde, Carton rouge pour la Russie ?


Le choix de la Russie comme terre d’accueil du plus grand événement sportif mondial, s’il peut paraître étonnant et tellement discutable, est aussi l’occasion de rappeler qu’au pays de Poutine se mélangent répression et discrimination. 

 

Au-delà des exploits de Griezmann et MBappé, de Neymar et de Salah, il convient aussi d’évoquer le contexte et les coulisses de ce Mondial, le plus grand rassemblement sportif avec les Jeux Olympiques, qui se tiendra du 14 juin au 15 juillet. 

Les reporters qui couvriront la Coupe du monde de la FIFA auront l’occasion d’enquêter, ou au moins de ne pas oublier que la Russie traverse sa plus grave crise en matière de droits humains depuis l’époque soviétique. 

 

En clair, les violations des droits humains s’aggravent depuis 18 ans : pouvoir croissant du gouvernement de manière incontrôlée, restrictions sur Internet, ingérence dans la vie privée en ligne, attaques contre les journalistes, harcèlement des défenseurs des droits de l’Homme, discrimination et violences contre la communauté LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres). Sans oublier les bombardements de civils en Syrie. L’organisation non gouvernementale Human Rights Watch (HRW) essaye d’éveiller les consciences. Son action s’appuie sur de graves violations commises actuellement en Russie, notamment en matière de droits humains et de droit du travail. 

 

Un guide 

pour sortir de son pré carré

 

Les restrictions en termes de libertés fondamentales et la répression méritent largement un carton rouge, alors, pour aider les journalistes, l’ONG Human Rights Watch a publié un guide au sujet des questions de droits de l’Homme. Ce guide de 44 pages intitulé « Russie : Coupe du monde de la FIFA 2018 - Guide pratique pour les journalistes concernant les droits de l’Homme » (www.hrw.org/fr/publications), résume à lui seul la situation et les inquiétudes de cette ONG. Il incite également la FIFA à user de son pouvoir d’influence auprès des autorités russes pour faire en sorte que soient traités les problèmes que rencontrent les défenseurs des droits humains. 

 

Le coup de projecteur du Mondial, suivi partout sur la planète, peut s’avérer utile si le sport n’occulte pas la réalité.
« Les événements sportifs de portée mondiale tels que la Coupe du Monde de football attirent massivement l’attention des médias internationaux », a déclaré Hugh Williamson, directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch : « Nous espérons que ce guide pratique aidera les journalistes à porter leur regard au-delà du terrain de football et à voir les sujets de préoccupation plus généraux qui existent en Russie ».

 

Lois répressives et censure

 

Human Rights Watch poursuit en écrivant qu’en en arrière-plan de ce tournoi de football, qui se déroulera dans 11 villes de Russie, on constate un environnement difficile, qui se détériore, pour les droits humains. Les autorités s’appuient régulièrement sur une législation restrictive pour étouffer les libertés de réunion, d’association et d’expression, ce qui n’est pas franchement une nouveauté. Les responsables gouvernementaux répriment les voix dissidentes et critiques en faisant appliquer des lois répressives et en renforçant la censure sur Internet. 

 

En Russie, des organisations travaillent sur les lourds dossiers des droits de l’Homme, des problèmes de santé, de l’environnement et des questions LGBT. La loi oblige ces groupes à s’inscrire comme «agents étrangers» s’ils reçoivent un financement étranger et s’engagent dans une «activité politique». Le Ministère de la Justice a désigné 158 groupes comme «agents étrangers», et les tribunaux ont infligé des amendes faramineuses à de nombreux groupes pour non-respect de la loi. L’Association AGORA, l’une des principales organisations russes de défense des droits de l’Homme, a fermé, en réponse à un procès intenté par le Ministère de la Justice pour violation du droit des «agents étrangers». 

 

Sans oublier les craintes d’affrontements entre hooligans russes et ceux venus des pays représentés dans cette Coupe du Monde, qui laissent redouter des tensions et des agressions violentes. 

 

Quid de la liberté de la presse ?

 

Le mois dernier, la chaîne allemande ARD a annoncé que son journaliste sportif Hajo Seppelt s’était vu refuser son visa pour se rendre en Russie à l’occasion de la Coupe du Monde. Le reporter, soutenu dans cette affaire de visa par la FIFA et le gouvernement allemand, avait travaillé sur le scandale de dopage en Russie. Dans son documentaire «Dopage confidentiel : comment la Russie fabrique ses vainqueurs», il évoquait un système de dopage généralisé dans l’athlétisme en s’appuyant sur des témoignages saisissants.

La possibilité pour les journalistes de couvrir la Coupe du Monde est l’une des conditions fondamentales du droit d’accueillir ce tournoi, rappelle la FIFA, qui est censée agir pour garantir la liberté des médias. Un mois avant la compétition, les autorités russes ont finalement levé l’interdiction à l’encontre de Hajo Seppelt.

 

Les droits humains, mis à rude épreuve

 

Dans un rapport de juin 2017, Human Rights Watch a publié le résultat de ses recherches sur les violations du droit de travail commises à l’encontre des ouvriers employés, exploités et victimes d’abus sur les sites de construction des stades du Mondial, dont le coût global pourrait atteindre les 10 milliards d’euros! « La promesse de la FIFA de placer les droits humains au cœur de ses activités internationales est mise à rude épreuve en Russie », déclarait Jane Buchanan, directrice adjointe de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch, il y a un an. Fin avril, le syndicat international des travailleurs du bâtiment et du bois avait recensé 21 décès d’ouvriers sur les sites de la Coupe du Monde.

 

Grozny, la capitale de la République de Tchétchénie, la région la plus répressive de Russie, sera le camp de base et d’entraînement de l’équipe nationale d’Égypte et de sa star, Mohamed Salah, pendant le tournoi. Oyub Titiyev, directeur pour la Tchétchénie de Memorial, l’une des plus importantes organisations russes de défense des droits humains, y est maintenu en garde à vue depuis le 9 janvier. L’un des rares défenseurs des droits humains encore actifs dans la région est passible d’une peine de 10 ans de prison s’il est déclaré coupable ; on l’accuse de possession de marijuana, des éléments qui seraient fabriqués de toutes pièces. 

 

Alors qu’en 2017, la FIFA, qui a nommé un directeur chargé des droits humains au sein de son organisation et a créé un Conseil consultatif des droits de l’Homme, s’est engagée à aller au-delà de sa propre responsabilité de respecter les droits humains en mettant tout en œuvre pour promouvoir la protection de ces droits humains et contribuer de manière positive à leur plein exercice. Elle doit user de son influence auprès des autorités compétentes là où les libertés des défenseurs des droits humains sont en danger. À l’heure où nous écrivons ces lignes, le Kremlin n’a pas libéré Titiyev (vous trouverez l’appel à le libérer sur le site hrw.org).

 

Pour conclure, rappelons que la Russie s’apprête à accueillir la Coupe du monde, mais qu’elle a continué de bombarder des civils en Syrie. Sur le plan international, elle fournit des armes, un appui militaire et un soutien diplomatique au gouvernement syrien, malgré l’existence d’éléments prouvant que les forces syriennes ont commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité.

 

Espérons que les mots de Hugh Williamson, Directeur de la division Europe et Asie centrale à Human Rights Watch, soient entendus : « Il est dans l’intérêt de la FIFA de s’assurer que le beau jeu de football ne soit pas entaché par une atmosphère détestable de discrimination et de répression. »   


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