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Traditions & esprits de Noël


La première bougie de l’Avent est allumée, et le Christkindel s’apprête à défiler dans nos rues. Durant les prochaines semaines, de nombreuses et très anciennes traditions vont descendre par nos cheminées et s’emparer de nos chaumières. Certaines sont nées en Alsace.

  

Il était une fois… l’esprit de Noël. Entre légendes et traditions, religions et croyances populaires, la période des fêtes de fin d’année est, depuis la nuit des temps, contée aux petits et perpétuée par les grands enfants. Mais quelle est donc l’origine de Noël, et des personnages et décorations qui le symbolisent ?

 

Sol invictus sous l’Antiquité

Bien avant sa célébration par le christianisme, il existait de nombreuses fêtes autour de la date du 25 décembre. C’est le cas d’une période festive qui se tenait dans la Rome antique.

 

« L’idée à la base des fêtes de Noël est le soleil », annonce Jean-Michel Steinbach. Ce Schirrheinois, ancien enseignant, auteur et metteur en scène de pièces historiques, s’est beaucoup intéressé aux traditions existant autour de cette période de Noël. Et c’est d’après le fruit de ses recherches qu’il explique: « Fin décembre [le 21 cette année], a lieu le solstice d’hiver, le jour le plus court de l’année. Il fait nuit tôt, et dans toutes les civilisations, on a cherché à mettre de la lumière dans cette période de Noël, avec des bougies, ou des personnages lumineux ».

 

Ainsi, du 17 au 24 décembre, les Romains mettaient à l’honneur leur dieu de l’agriculture à travers les Saturnales. Pendant ces quelques jours, maîtres et esclaves partageaient ensemble des festins et des plantes vertes, notamment du houx et du gui, étaient placées dans les maisons. Dès l’an 274, les Saturnales se prolongent jusqu’au 25 décembre par la fête de Sol invictus (soleil invaincu). A cette date, comme un nouveau cycle solaire commençait, il est dit que le dieu solaire Mithra renaissait, en prenant la forme d’un nouveau-né surgissant d’un rocher ou d’une grotte ; un taureau était sacrifié en son honneur. 

Les Saturnales se clôturaient par la fête des sigillaires : chacun offrait des anneaux, sceaux et cachets de terre en cadeau, notamment aux enfants.

 

Yule dans le Grand Nord

Pour comprendre l’origine de Noël, il faut également s’intéresser au légendaire scandinave, et pas uniquement parce que le Père Noël est réputé habiter en Laponie ! Dans le Grand Nord, la fête de Noël, qu’on désigne encore sous son ancien nom, Yule, est également liée au solstice. On raconte qu’au cours de cette longue nuit, le Yule Tomte, un petit lutin coiffé d’un bonnet et affublé d’une longue barbe blanche, s’en va à la recherche du soleil nouveau. « Il monte en haut de la montagne et essaie d’attraper un peu de lumière, et de la transmettre aux hommes en allumant des flambeaux », raconte JM Steinbach. 

 

Comme les anciens craignaient que le soleil ne revienne plus, ils faisaient des offrandes aux esprits de l’hiver, en accrochant des chandelles et des victuailles aux branches des sapins. Comme l’on fait avec nos couronnes de l’Avent, des branches de sapin étaient tressées en forme de roue solaire, et ils y ajoutaient une touche de lumière. 

 

A partir des années 1840, le Yule Tomte est influencé par l’image naissante du Père Noël moderne, et commence à distribuer des cadeaux le soir du 24 décembre. On nomme ses présents les julklappar (les coups de Noël) car lorsqu’il se glisse jusqu’aux maisons, le Yule Tomte frappe très fort à la porte, avant de rapidement jeter les cadeaux et disparaître. 

 

« Les origines de ces fêtes remontent donc à très loin, puis elles ont été reprises par les religions et les traditions régionales, qui les ont adoptées et adaptées », analyse JM Steinbach.Ainsi, selon certaines interprétations, la fête de la Nativité (et Hanoucca pour les juifs) aurait été créée pour contrebalancer la fête de Sol invictus. A l’origine, cette fête de la naissance de Jésus était célébrée le 6 janvier, comme l’Epiphanie, et ce n’est que depuis le 4e siècle que Noël a sa propre date, le 25 décembre. 

 

Du Saint Nicolas au Père Noël 

De même, au regard du calendrier julien (calendrier solaire utilisé dans la Rome antique), la Saint Nicolas était célébrée le 19 décembre, se mêlant ainsi aux célébrations du solstice. Ce n’est qu’à partir du 16e siècle que les Nicolas sont fêtés le 6 décembre (calendrier grégorien). 

 

Historiquement, Saint Nicolas est un évêque ayant vécu entre 270 et 345, Nicolas de Myre. 

Connu pour son extrême bonté, il aurait produit plusieurs miracles. Il aurait notamment sauvé 3 officiers ; une histoire qui, à force de s’exporter, s’est transformée : les officiers, de petite taille, sont devenus des enfants, qui auraient été ressuscités après avoir été découpés par un horrible boucher. C’est ainsi que Nicolas devient le Saint des tout-petits, le patron des écoliers.

C’est pourquoi, en sa mémoire, la tradition veut que des friandises soient offertes aux enfants sages par Saint Nicolas, au 6 décembre.

 

Il paraîtrait aussi qu’un chevalier lorrain, Aubert de Varangéville, aurait volé une phalange de la dépouille de Nicolas. C’est parce qu’il a offert cette relique à l’église de Port (Meurthe et Moselle) que la ville fut rebaptisée Saint-Nicolas-de-Port, et que Nicolas devint le saint patron de la Lorraine.

« Si l’on fait attention, le Père Noël, avec sa barbe et son bonnet pointu, est un lutin qui a grandi. Le Père Noël s’inspire de personnages légendaires qui font du bien autour d’eux », souligne JM Steinbach. 

 

Et c’est vers 1840-1850 que, justement, le Saint Nicolas donne naissance à notre Père Noël actuel. « Ce qui coupe court à l’idée reçue qu’il a été créé par Coca-Cola ». L’on peut tout de même dire que le Père Noël est issu d’un mouvement de déchristianisation et d’américanisation. D’ailleurs, en néerlandais, Saint Nicolas se dit Sinterklaas, ce qui progressivement s’est déformé en Santa Claus en Amérique, et en Père Noël en France !

 

Quant à sa tenue, elle n’a pas toujours été rouge. L’imagerie française le montre, vers 1870-1890, en vieil homme habillé d’un manteau vert, et parfois bleu. C’est aux environs de 1914, probablement sous l’influence de la célèbre marque de soda, qu’il se pare de rouge.

 

Le Christkindel, le Hans Trapp et le Rützel

 « Au moment de la réforme, les protestants luthériens rejettent le rôle patronal des saints », énonce JM Steinbach. « Ils remplacent Saint Nicolas par l’enfant Jésus, le Christkindel, en allemand. Par exemple, le marché Saint Nicolas de Strasbourg est devenu le Christkindelsmärik ». Le Christkindel est généralement symbolisé par une jeune femme toute de blanc vêtue. « Aujourd’hui, comme les relations entre les 2 religions ne sont plus tendues, dans certains villages le Christkindel accompagne parfois le Saint Nicolas, et même parfois le Père Noël ». 

 

A la même époque, au 16e siècle, la légende du Saint Nicolas s’enrichit d’un autre personnage : le Père Fouettard, qui punit les enfants désobéissants. Dans certains folklores, il représente le boucher tueur d’enfants de la légende.

« Le Christkindel est un personnage lumineux; il a le dessus sur le personnage sombre qui l’accompagne, qu’on appelle, chez nous, le Hans Trapp ». 

 

L’histoire du Hans Trapp fait référence à Hans von Trotha, un chevalier ayant vécu au château de Bewartstein, près de Wissembourg, entre 1450 et 1503. Trotha était le maréchal des princes électeurs du Palatinat. Il est connu pour avoir entretenu une longue querelle avec l’abbé du cloître de Wissembourg, parce qu’il exigeait, en plus du château, la propriété des dépendances, qui étaient pourtant officiellement rattachées à l’abbaye. Durant cette guerre, Trotha fit construire un barrage puis le démolit, ce qui provoqua une importante inondation de la cité fortifiée. Ne sachant plus que faire, l’abbé s’en remit au Pape Borgia, qui excommunia Trotha.

 

« Il en est resté l’image d’un seigneur méchant et cruel, qui rançonnait les habitants de Wissembourg. Ainsi, Hans von Trotha est devenu le Hans Trapp, on faisait peur aux petits enfants pas sages, avec ce personnage de seigneur-brigand », raconte JM Steinbach.

 

Si l’outre-forêt est familière du Hans Trapp, ailleurs en Alsace, on parle plutôt du Rüpelz. « Quand j’étais enfant, le Rüpelz venait avec une vraie chaîne en métal, et nous on tremblait tellement il nous faisait peur ! », témoigne Joseph, Schirrheinois de 69 ans.

Et dans certaines communes haut-rhinoises, le Christkindel est accompagné du pickesel, un âne armé d’une fourche qui a le même rôle que le Hans Trapp. 

 

Les premiers sapins de Noël et leur parure

Elément de décoration qui fleurit dans toutes les chaumières, le sapin de Noël est lui aussi une très ancienne tradition. La 1ère mention écrite évoquant un arbre de Noël date de 1521, et a été retrouvée dans les registres de la ville de Sélestat. « Techniquement, il est mentionné le droit d’aller couper des arbres en forêt pour les fêtes de Noël », précise Gérard Leser, historien folkloriste spécialiste des traditions alsaciennes. « Dans les Weistümer, sortes de listes médiévales qui fixaient les règles de la société rurale, on trouvait déjà des mentions de cette possibilité de couper du bois avant la période de Noël, mais il était fait état de bois, pas d’arbres de Noël ». Comme dans les Weistümer de Bergheim (Haut-Rhin), datant de 1369, et qui limitent la quantité de bois récupéré à la capacité d’un chariot tiré par 2 chevaux, au maximum.

 

Et si l’arbre de Noël est un sapin, c’est probablement parce qu’il est le seul, en hiver, à ne pas perdre ses feuilles ; il représente ainsi la régénération.

 

Selon une légende du 12e siècle, le sapin était l’arbre du paradis. On y suspendait donc symboliquement des pommes. « Selon la rumeur, un hiver vers 1850, la récolte de pommes fut mauvaise, notamment en Lorraine du côté de Goetzenbruck et Meisenthal. Les souffleurs de verre de cette région ont donc conçu des boules de Noël rappelant les pommes, en verre et en cristal. Les boules de Noël sont donc nées tout près d’ici ! », énonce JM Steinbach. « Depuis, chaque année, le Musée du verre de Meisenthal met à l’honneur une nouvelle boule de Noël ».

 

Les sapins étaient aussi garnis d’hosties non-consacrées, de bâtons de cannelle et, à partir du 17e siècle, de bougies et de sucreries. 

 

C’est parce qu’il est nutritionnellement riche et qu’il « réchauffe le corps et le cœur quand il fait froid » que le pain d’épices s’est naturellement fait sa place dans la période de Noël. « Dans un 1er temps les pains d’épices étaient formés dans des moules, avec des décorations en sucre. Mais les décorations ne tenaient pas toujours, on a donc inventé des images à mettre dessus. L’imprimerie Wentzel, de Wissembourg, en était la grande spécialiste », rappelle JM Steinbach. « Des planches lithographiées étaient éditées, et les boulangers les découpaient et les apposaient sur les pains d’épices. Elles avaient plusieurs formes, les langues étant les plus connues », indique une responsable du Musée de l’image populaire de Pfaffenhoffen. 

 

L’exposition ’’Les images de Noël’’ les met d’ailleurs à l’honneur, jusqu’au 7 janvier, au musée.

 

Une bonne occasion d’en apprendre davantage sur ce délice culinaire que vous recevrez peut-être mercredi soir… si vous avez été sage !  


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